Une réflexion et un lieu d’échange sur l’écriture de la chanson Des enseignements à prendre chez les maîtres d’hier ou d’aujourd’hui ,chanteurs et poètes confondus Ainsi sans ordre préalable et au fur et à mesure de mon travail sur ce chapitre du site et des retours éventuels de lecteurs bienvenus :

abstrait/concret

Le texte poétique privilégie un usage de mots concrets essayant de rendre le plus présent possible ce que l’auteur veut dire, essayant de  faire du lien aussi entre une sensibilité et le monde réel, d’établir aussi des connexions multiples dans le monde à dire, vers une approche synthétique  et symbolique du réel . 

« Comme de longs échos qui de loin se confondent/Dans une ténébreuse et profonde unité

Vaste comme la nuit et comme la clarté/Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » (Correspondance- Charles Baudelaire)

 

Ainsi le rapprochement entre une notion abstraite et un domaine concret va permettre de traduire une idée en images concrètes .

-Brassens dans  « La non-demande en mariage » utilise le champ lexical de la cuisine pour parler de sa conception de l’amour : « Au diable les maîtresses queux /qui attachent les cœurs aux queues /des casseroles !.../  Vénus… perd son latin devant la lèchefrite…/ A aucun prix  moi je ne veux/effeuiller dans le pot au feu/la marguerite… »

 

- Dans  « Les Champignons » Gaston Couté pour parler de l’amour se sert lui se sert du thème des champignons :

« Les vrais mousserons sont tout roses /comme un baiser entre nous deux/ Mais , à ça près, la même chose/ y’a des faux mousserons près d’eux. /Les trahisons sifflent toujours / derrière le baiser qui sonne. /Comme en les jours de notre amour/ qui suit l’automne./ Les champignons ! les champignons /y’en a des mauvais et des bons »

 

-Pour parler de  la misère paysanne dans le texte  « les Charançons » il se sert des charançons qui infestent la  récolte de blé et qu’il va falloir éliminer avec de la chaux.

«  Pésans va fallouèr  chauler /y’a trop d’charançons dans vout’ blé ! …/Les pésans s’ sont ben échignés /pour payer l’impôt , pour fèr’ les corvées ; /les queuq’s tit’s pièces d’or tirées au meunier /vars el  parcepteur  se sont ensauvées ;/ c’est pour graisser l’bec à ces foutus gars/car si ça n’fait ren,/ faut  vouèr  coumm’ ça mange ! /sûr que dans l’budget, ça fait pus d’ dégats /qu’les mauvais’ bestiol’s dans tout l’blé des granges /…Pésans , demain,  i’ faura chauler, /Chauler pus loin que vout’ tas d’blé ! »»

 

-Dans  le texte «  Je t’aime tant » Aragon  enrichit le terme vague « d’amour »  d’une série d’images concrètes déroulant autant de métaphores :

« Mon sombre amour d’orange amère/ma chanson d’écluse et de vent/mon quartier d’ombre où vient rêvant/mourir la mer… »

 

-Dans «  Je chante pour passer le temps » il  traduit la vieillesse( ?) par des images concrètes :

« Au violon s’use l’archet /  la pierre au jeu des ricochets / et que mon amour est touchante  /près de moi dans l’ombre penchante / oui pour passer le temps je chante »

 

L’idée de la mort est traduite aussi concrètement dans une image : « C’est peut-être bien ce tantôt /que l’on jettera le manteau / dessus ma face »(« Je t’aime tant »)

 

Une autre façon de traiter la relation abstrait /concret est de réintroduire de l’abstrait dans une évocation concrète :

-Dans « les Dessous chics » Gainsbourg mélange les deux registres : « Les dessous chics/ c’est la pudeur des sentiments/maquillés outrageusement/rouge sang…c’est des dentelles et des rubans/ d’amertume sur un paravent/désolant

 

-Dans  « Les Vieux «  Brel juxtapose concret/abstrait :

« Chez eux ça sent le thym, le propre la lavande et le verbe d’antan…vous la verrez parfois en pluie et en chagrin »

 

-Dans  « Quand maman reviendra », on trouve :

Elle/il reviendra sur un chagrin d’amour/…sur ses principes/….sur une idée noire »

 

-Dans «  Le dernier repas » : « Dans ma pipe je brûlerai/mes souvenirs d’enfance/mes rêves inachevés/mes restes d’espérance/ et je ne garderai pour habiller mon âme/ que l’idée d’un rosier/et qu’un prénom de femme. »

 

-Dans  « les amants de cœur » : « quand ils ont bu tout leur mystère/…brûlent leurs ailes d’inquiétude / redeviennent deux habitudes … »

 

-Dans  « Fernand » : «  On boira du silence »

 

-Dans  « Les Flamands » : « Nazis durant les guerres et catholiques entre elles/ Vous oscillez sans cesse du fusil au missel »

 

 

 

 

Atelier  d’écriture :abstrait /concret


Exemple : texte écrit  rapidement sur le croisement  « cerisier en fleurs/désir »

 

L’arbre s’est embrasé dans la lumière ce matin. Jaillissement de fleurs roses et nacrées.

Je sens comme un écho tout au fond de moi. Appel revenu de la sève enfouie. La vie éclate en mille et une taches claires qui s’offrent au soleil , au ciel déshabillé, infime bruissement de soie éparpillée

Libérant des parfums de miel et de fraîcheur, étoiles à profusion aux branches épanouies comme un réveil après un hiver languissant, je m’étire, me déplie, je m‘ouvre , je respire.

La beauté de la vie est là comme un appel…

 

Même texte mis en forme rythmée et sonore

Le cerisier s’est embrasé

Dans la lumière ce matin

Jaillissement rose nacré

Aux branches vêtues de satin

Comme un écho au fond de moi

 Le cœur palpite  ensoleillé

 Comme un appel comme un émoi

 Le ciel bleu s’est déshabillé

 

Au souffle du jour naissant

Bruissement infime de soie

 dans la clarté  l’âme   se sent 

Neuve et  légère   soudain  la   joie

Monte à mes lèvres à mes yeux

Le corps se déplie se réveille

S’offre à l’instant si  lumineux

 Parfum de vie  parfum de miel

 

Milliers d’éclats de floraison

 Au pointillisme du tableau

 La vie est belle à profusion

Elle scintille au jour nouveau

Viens ma douceur ma bien aimée

Dans mes veines coule la sève

Je voudrais tant te caresser 

En pluie de pétales de neige

bernard lélu

basculement sémantique

Le basculement   -sémantique, d’un sens à l’autre

Un mot a plusieurs sens parfois éloignés . Le basculement d’un sens sur l’autre peut être utilisé dans une chanson :

Gainsbourg dans  Le Poinçonneur des Lilas :

« Et dans la brume au bout du quai

J’vois un bateau qui vient m’chercher

Pour me sortir de ce trou »

Le mot « quai « renvoie d’abord au quai du métro , il bascule vers celui d’un port

Le mot « trou » désigne au départ le trou dans le ticket , il renvoie ici à un espace souterrain où est enfermé le poinçonneur

 

Un travail dans les préalables de l’écriture d’un texte sera de répertorier les divers sens possibles d’un mot

(dico ordinaire)

 

Dans « La femme des uns sous le corps des autres »

« Car pour les pin-up…

Faut pour les soulever

Pour les envoyer là-haut

Des disques longue durée

Haute  fidélité »

Le terme « haute fidélité »désigne alors la qualité du disque , mais renvoie à ce qui manque aux femmes évoquées dans la chanson . On n’est pas loin du jeu de mots.

 

Exercice atelier  autour du champ sémantique

 Remarque :

Les rimes en « ume » n’étant pas très nombreuses , je me suis autorisé à utiliser des assonances en « une »

 Exemple personnel

Le texte « Plume » a été écrit en jouant sur les différents sens et expressions du mot plume

 Le poète qui vit de sa plume

Sacré métier s’en arrache une 

A chaque lettre qu’il écrit

Pour chaque mot il pousse un cri

 

C’est triste comme il se déplume

Mais il ne gagne pas fortune

A ce jeu -là il est la dupe

De son art qui le préoccupe

 

Critique acerbe le hérisse

A son oreille un papier crisse

Chagrin de plume il se désole

C’est dans les siennes que l’on vole

 

Ego meurtri quand tout s’emmêle

Il a dit-on un coup dans l’aile

Encore heureux c’est pas du plomb

Que ça lui serve de leçon

 

Oiseau nocturne cherchant la rime

Il écrit rature s’obstine

Puis sur un oreiller-duvet

Pose sa tête sans plumet

 

La nuit obscure le console

 Il rêve au sacre à l’auréole

Comme la trace sous la lune

D'un halo blanc d'anges de brume.

bernard lélu

champ lexical

L’utilisation d’un champ lexical particulier est source d’écriture ; elle ouvre des pistes multiples en puisant dans ce champ à supposé qu’il soit riche :

-Louis Chédid dans «  la chanson « Ainsi soit-il » va se servir du champ lexical du cinéma pour écrire un texte qui évoque les différentes phases de la vie.

« moteur/scénario/zoom avant/script/lumière tamisée/bande-son/fondu-enchaîné/champ-contre-champ/gros plan/éclairagiste/flash-back/travelling… »

Entre la vie et le cinéma se construit une sorte de métaphore filée. Il peut être intéressant à partir d’un champ lexical particulièrement riche de se demander de quoi ce champ pourrait être la métaphore . Ex : la guerre et le sport/ le sport et l’amour/ la peinture et ….   la photo et …

-Nougaro dans la chanson  « le cinéma » utilise ce même champ lexical pour parler d’amour …impossible : «  Il se fait du cinéma » réinterprétation d’une expression prise au sens propre/et figuré

« Sur l’écran noir de mes nuits blanches/sans caméra/ma vedette/gros plan/je crève l’écran/ la séquence/ je tourne…

-dans la chanson « les mains d’une femme dans la farine » il utilise le champ de la cuisine pour parler sensuellement de la femme qu’il aime. L’idée du texte peut partir d’une simple image de ces mains dans la farine.

« j’t’aime dans la cuisine /quand tu fais la tarte aux pommes/ roule-moi /roule-moi la pâte /est-ce pour ta tarte ou tes pommes que je m’lèche les babines ?/c’est pas du tout cuit/

-Brassens dans  «  La Non-demande en mariage » puise aussi dans le champ lexical de la cuisine pour dénoncer un amour domestique :

«… les maîtresses-queues /qui attachent les cœurs aux queues / des casseroles !...Vénus perd son latin /devant la lèche-frite…effeuiller dans le pot-au-feu / la marguerite ….entre les feuillets des livres de cuisine….au fond d’un pot de confiture… »

 -dans la chanson  « les copains d’abord » il utilise le champ lexical du bateau pour parler de l’amitié…

-Leprest dans « la Gitane » utilise le champ lexical de l’amour et celui de la tzigane pour évoquer la relation à la cigarette, champs déjà bien présents avec l’image publicitaire sur le paquet :

Amour « je vais craquer pour toi/viens me donner la tétine/quand cent mille bouches te baisent/allumer ma bouche/battre mon cœur/belle brune qui se fume »

Tzigane : « danser /une robe en papier/la peau couleur de tabac/ses castagnettes muettes/du rocko-flamenco/en grattant mes cordes vocales/danser pieds nus dans la cendre

Ces deux champs viennent rencontrer celui du fumeur :

« des yeux bleus comme la fumée/ senorita seita /mes poumons/ la nuit noire du goudron/ces paroles de nicotine/mettent ma gorge au supplice/du bout-filtre jusqu’à la braise/  de papier maïs/au fond du mégot/ la cendre/ mon coeur de caporal /se consume /entre mes doigts jaunes /étui à cigarettes/

 Atelier d’écriture champ lexical :


 Exemple : texte personnel provisoire issu directement d’un exercice d’atelier visant à croiser le champ du concert et celui de la guerre :

 Les hommes en noir casques rivés sur la tête installent le théâtre des opérations. Des remparts d’enceintes bloquent les deux côtés  du plateau.

bientôt de grands faisceaux de projecteurs balaient l’espace, des milliers de watts sont lâchés par le serveur dans la cabine de régie.

La foule impatiente  de voir ses héros  massée devant la scène trépigne.

Soudain  tout s’embrase, tout s’enflamme,  tout rougeoie. Dans l’arène retentissent quelques hurlements.

Une salve de guitares saturées leur répond

Un roulement de batterie monte, les cymbales fracassent les tympans, la grosse caisse martèle un rythme qui cogne dans la poitrine de chaque spectateur.

Le chanteur est là surgi de nulle part, dans sa tenue de combat jean noir serré, blouson de cuir et chaîne d'acier...

bernard lélu

citation-intertextualité

Un texte peut s’appuyer sur un autre texte connu qui le précède : il en donnera quelques échos , en utilisera la structure…

-Gaston Couté dans  «  le Petit Poucet » reprend le conte bien connu pour en faire une matrice de son expérience amoureuse dans une relation métaphorique filée :

« dans ma mémoire, livre clos des contes du passé/j’ai vu se réveiller l’histoire du Petit Poucet/En partant chez l’ogresse qu’est la vie, j’ai semé des caresses  pour retrouver ma mie/

Poucet semait parmi les sentes son pain bis et ses cailloux blancs/sur le corps blanc de ma charmante quel semis de baisers brûlants/les baisers sont de blanches mies sous le bec des oiseaux des bois/ la mal est un caillou qui reste dans les pauvres sentiers du cœur »

 

-Gainsbourg dans « Ronsard » reprend le texte du même auteur  « quand vous serez bien vieille »

Même thème , même apostrophe(la femme aimée un peu dédaigneuse : « ma littérature dont tu t’es foutu »)

Il en fait une sorte de traduction s’amusant à traiter de manière relâchée et familière un auteur et un texte classiques :

 

« Quand vous serez bien vieille… //d’ailleurs un beau jour ma bath petite môme-faudra qu’tu t’décides à passer la main.

- « Regrettant mon amour et votre fier dédain//alors en chialant tu diras qu’ma pomme elle avait du bon en tant qu’écrivain.

-« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle//c’est le seul miroir où tu n’sras pas moche »

-« le vieux père Ronsard n’était pas une cloche quand il disait ça à sa mijaurée »

 

-Gainsbourg dans «  la Recette de l’amour fou »utilise la forme et  le vocabulaire « recette de cuisine » pour parler de la séduction.

« Dans un….introduisez…laissez…versez une larme… et puis mettez…faitesrevenir…faitesmijoter trois bons quart d’heure…il est cuit…laissez frémir…tamisez…  la farce… consommez sur canapé »

 

-Brel dans  la chanson « L’Air de la bêtise » utilise la forme prière :

« Mère des gens sans inquiétude / Mère de ceux que l’on dit forts / Mère des saintes habitudes / Princesse des gens sans remords / Salut à toi dame bêtise »

 

-Le texte à écrire peut emprunter à la lettre les éléments qui la caractérisent :

Présence de l’énonciateur, formules d’apostrophe adressées au destinataire, inscription dans le lieu et le moment présent de l’écriture, reprise d’informations d’une lettre reçue  et réponse à ces informations :

 -Allain Leprest  dans «Arrose les fleurs… » feint de répondre à une lettre de séparation :

« J’ai reçu ce matin la lettre où tu m’ écris / De prendre soin de moi et je t’en remercie /

Que tu vas me reviendre  et tout ça et qu’on s’aime /  «  et arrose les fleurs une fois par semaine »

Mon amour, je te jure (…) tu pourrais pas le croire / je re-siffle ces mots  « je suis partie sans haine » (…)/ J’ai sur moi l’enveloppe où ta main a tracé « je rentre sous huitaine »…

 

-Boris Vian dans « Le Déserteur » écrit une lettre au président de la république  pour lui annoncer

son insoumission  et son  refus argumenté de partir à la guerre :

« Monsieur le Président /je vous fais une lettre /que vous lirez peut-être(…) /je viens de recevoir /mes papiers militaires /pour partir à la guerre/avant mercredi soir(…)/ C’est pas pour vous fâcher /

 Il faut que je vous dise(…) /  J’ai vu(…)  / Demain de bon matin/ Je fermerai ma porte/(…) S’il faut donner son sang /Allez donner le vôtre/ vous êtes bon apôtre/  Monsieur le Président (…) »

 Atelier d’écriture  sur l’intertextualité 

Les textes suivants on été écrits  sous une première forme moins élaborée en plusieurs ateliers sur temps limité en utilisant l'intertextualité dans différentes directions puis repris en travail individuel 

Aurons-nous le courage

 Aurons-nous le courage de marcher sous la pluie

De laisser sans regrets le refuge et l’abri

Ou la force du vent fera-t-elle revenir

Nos pas vers  le confort à chacun de choisir

 

On part c’est décidé  on part sur les chemins

Un  grand sac sur le dos un bâton à la main

On longe des vallons  on traverse des gués

On ramasse à midi les fleurs éparpillées

 

Vous êtes étonnés de sentir la fraîcheur

courir sur vos visages l’air est vif à cette heure

le pied dérape un peu une pierre a roulé

Comment atteindrons-nous les sommets enneigés ?

 

Vous me suivez inquiets mais vous semblez heureux

Ne nous arrêtons pas sur le  bord d’un  lac bleu

Où file un banc fragile de truites tachetées

L’eau est si transparente  la pluie s’est arrêtée

 

On longe des abîmes sans craindre le vertige

On aperçoit là-haut un chamois qui se fige

 Je ne sais pas où mène cette course glacée

Qui traverse le temps et les arbres mêlés.

 -Une autre piste intéressante consiste à reprendre un texte ancien bien connu et d’en faire une traduction moderne , en s’amusant du décalage…(cf Gainsbourg)

 Le texte «  Viens ma jolie » a été obtenu ainsi après la transposition en atelier du texte de Ronsard « Mignonne allons voir si la rose »

 Viens ma jolie

 Viens ma jolie  mon p’tit boudin

Viens donc faire un tour au jardin

On va vérifier à cette  heure

La gueul’ qu’elle a la petit’fleur

Qui  f’sait la belle ce matin

Qui s’y croyait oh nom d’un chien

 

Des fois qu’ell’ s’rait  un peu moins fière

Un peu moins  r’montée d’la cafetière

Ouah,ben dis-donc  en un temps r’cord

Ma jolie elle a pris su’ l’ bord

De son museau un sacré coup

Elle est défrisée du caillou

 

Elle a calanché la pauvr’ vieille

Ca sert à quoi d’s’croir’la plus belle

Non mais, elle est chouett’ la nature

Elle te vénère et puis t’rature

Tu  deviens naze et ta pelure

Elle finit dans les épluchures

 

Si tu m’en crois foi d’un fêtard

Fais bien gaffe   avant qu’il soit tard

Tant qu’t’es pas vilaine à r’garder

Dépêche-toi d’en profiter

Ne roule pas à l’économie

Vas-y à donf , Jouis de la vie

 

Prends ton pied ouais prends  du bon temps

Il pass’ fissa l’ temps des amants

Car n’oublie pas   en un temps r’cord

Ma jolie t’en prendras  su’ l’ bord

De ton museau un sacré coup

Tu s’ras défrisée du caillou

 

Et tu calanch’ras  ma pauvr’ vieille

Ca sert à rien  d’s’croir’la plus belle

Non mais, elle est chouett’ la nature

Elle te vénère et puis t’rature

Tu  deviens naze et ta pelure

Elle finit dans les épluchures.

 ( bernard lélu)

 En utilisant la forme prière

A toi  la vie 

 A toi  la vie  qui offre encore

A nos envies ce passeport

donne-nous la douceur au gré de nos saisons

et la légèreté  comme  bull’ de savon

La fraîcheur de la nuit  des  printemps démarrés

Et l’ivresse infinie des  clairs matins d’été

Et tous les ciels d’orages sur les noirs océans

Tempêtes envolées aux échos fracassants

au petit jour naissant  dans une eau froide et pure

dans la  vague nouvelle  ainsi qu’une    aventure

permets que l’on se glisse ,  accorde-nous ce bain

qui  du doute nous lave, d’un reste de chagrin

 

A toi la vie recommencée

 Ces quelques pas pour     avancer

Donne -nous  le regard qui s’ouvre ébahi

A la beauté du monde en ce jour  d’aujourd’hui

Et rends-nous disponibles aux moments partagés

Au  passant inconnu , à l’ ami retrouvé

autour d’un verre de vin au parfum de plaisir

des mots que l’on échange , au  goût de souvenirs

donne -nous le courage et la fraternité

qui naviguent ensemble sur la mer agitée

et de l’espoir la voile qui nous pousse en avant

vers un cap   infini    emporté  par le vent

 

A toi la vie qui nous consoles

Qui nous sourit quand tout s’affole

Accorde-nous comme un collier les bras aimants

Les bras aimés pour s’y fondre d’amour tremblant

 Eperdûment  et les mains douces et légères

 mains qui se tendent  pour accueillir la lumière

mille étoiles  ont  percé la voûte des nuages

qui d’un voile couvrait nos fronts  et  nos visages

permets-nous de veiller sur la plage endormie

de prolonger la fête au delà de la nuit

et de voir se lever  en nos cœurs qui s’accordent

le soleil radieux de la miséricorde

                                                                                (bernard lélu)

 -Un autre texte utilisant la forme recette :

 Recette de la tolérance

Pour réussir ce plat international

Une préparation très longue et peu banale

Nécessite plusieurs années d’éducation

Avant de mettre en œuvre une juste cuisson

 

réunissez d’abord tous les ingrédients

Gardez -les au frigo il faut un peu de  temps

300 grammes au moins de bonne volonté

Deux louches bien remplies de franch’ laicité

Et puis en tranches  ,en vrac ou bien même en flacon

Quatre morceaux de choix de belle religion

 Chrétienne, judaïque, musulmane,  bouddhiste

Plus une belle portion de pensée athéïste

Du beurre , du meilleur  de la  marque Respect

Et de l’esprit critique, une livre en paquet

 

Epluchez les morceaux tous les cinq soigneus’ment

Lavez et relavez les injures du temps

Coupez sans hésiter les petites racines

Discorde , jalousie, querelles intestines

Emincez finement les  parties susceptibles

Et faites dégorger  le fiel par trop nuisible

Coupez alors le tout en un grand saladier

Et puis mélangez-bien  et laissez reposer

 

Versez l’huile laïque première pression à froid

Dans un grand récipient les deux  louch’ à la fois

Et faites-y dorer  votre préparation

Mettez quelques pincées de réconciliation

Saupoudrez largement de sel esprit critique

Il produit c’est merveille un effet pacifique

Rectifiez si besoin au beurre de respect

 Le mélange devient onctueux à souhait

 

Faites cuire à feu doux, modéré c’est plus sage

Rien ne doit accrocher ce serait bien dommage

Quleques tours de moulin à blasphème, une épice

Très puissante, attention  c’est un  feu d’artifice

Appréciée  il est vrai par tous les libertaires

Qui se sont affranchis des dogmes culinaires

Elle peut hélas heurter des palais  délicats

Et gâter à leur goût un admirable plat

Quelques pincées  de sucre mettront de la douceur

Qui convaincra sans mal les plus réprobateurs

 

Goûtez  et savourez c’est une nourriture

Qui emprunte à chacun un peu de sa culture

Distribuez partagez  ce plat sans retenue

Servez à tout conviv’ la part qui lui est due

 

      (bernard lélu)

 -Un texte utilisant la forme lettre

 A toi qui trouveras

 A toi qui trouveras échouée sur le sable

Cette bouteille vide où j’ai voulu glisser

Quelques mots au  hasard d’un monde insociable

Je la jette aujourd’hui dans la mer démontée

 

J’espère  que sa route sur la crête des vagues

l’emportera là -bas , loin ,de l’autre côté

aux courants dérivant, lames en enfilades

et que longtemps les flots l’auront bercée

 

je te vois te baisser cueillant sur le rivage

perles baroques noires au fil d’un’ page blanche

ces mots étranges écrits en place d’un  breuvage

que le destin dépose sur la grève en silence

 

dans ta bouche les mots ont la couleur créole

au parfum de mangue de papaye

tu traduiras les miens ils prendront leur envol

pour  franchir la barrière de nos langues  corail

 

vers toi par la pensée je vogue j’appareille

il faut vivre de peu sur ces îles lointaines

survivre est difficile même sous le soleil

mais ta bouche sourit et tu chantes ta peine

 

joyeuse ta musique aux accents chaloupés

s’élève à tous les vents exportant ses épices

aux quatre coins d’un monde ouvert bariolé

où les cultures se croisent se tissent se métissent

 

je troquerai un jour mon confort de nanti

le stress et le clinquant de nos riches cités

pour la frugalité de tes terres alanguies

au rythme des pirogues  à voile et balancier

 

je te salue   et t’envoie un peu de mes pensées

car nos  vies sont reliées c’est ce que je veux croire

au fond d’un coquillage j’entends ta mélopée

et ce souffle d’ailleurs qui se nourrit d’espoir;

bernard lélu

Ecriture non linéaire

Une écriture  ordinaire privilégie la linéarité, c'est à dire un sens qui se construit et se développe au fur et à mesure que le texte s'écrit ou se lit.

L'écriture poétique à l'inverse échappe à cette linéarité pour produire un sens synthétique à percevoir dans une globalité, le sens se constitue dans un jeu d'échos, de rapprochements  où les mots sont à entendre dans leurs relations à l'ensemble du texte. La densité de ce type de texte est liée à la richesse de ce réseau.

 Différents procédés contribuent à casser la linéarité d'un texte:

-l'inversion sujet/verbe ou autre, casse le déroulé du texte

Gainsbourg dans  "Sois belle et tais-toi" écrit ainsi:

"Le ramier roucoule/le moineau pépie/caquette la poule/jacasse la pie..."

 -La répétition avec ou sans variations et l'anaphore  donnent une dimension cyclique au texte qui se replie sur lui-même et se donne à lire dans son ensemble

Dans "Amoureuse" Barbara écrit:

"C'est  vrai alors , le gris du ciel n'est plus si gris/c'est vrai alors le poids des jours n'est plus si lourd/c'est vrai alors soudain tu sais pourquoi  tu ris/c'est vrai alors tus sais soudain pourquoi tu vis"

 -l'énumération arrête le déroulement du texte qui s'ouvre sur un inventaire

Barbara dans " j'ai troqué" nous propose:

"J'ai troqué mes chaussettes blanches/contre des bas noirs/ et mon sarrau du dimanche/contre de la moire/mon doux regard d'infante/ et mes allures guidées/pour des regards d'amante/pour des airs encanaillés..."

Dans  "Dis quand reviendras-tu? :"Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne/je tangue/je chavire.../je vais , je viens , je vire, je tourne et je me traîne..."

 - la suspension, l'ellipse introduit un silence qui stoppe le mouvement de l'écriture:

Barbara dans "Marie Chenevance" écrit:

"Alors ils ont fait des histoires..../parce qu'ils n'ont pas voulu croire/ qu'ils allaient simplement/ et la main dans la main/ qu'ils allaient doucement/loin la main dans la main/la main dans la main"

Dans" parce que"": C'est parce que ton épaule à mon épaule/ta bouche à mes cheveux et ta main à mon cou/c'est parce que dans mes reins ,quand ton souffle me frôle/ c'est parce que tes mains , c'est parce que joue à joue..."

Aznavour dans  "je m' sens très"  : "je m' sens très, je m' sens si, je m' sens plutôt"

 -l'oxymore casse un enchaînement logique:

Barbara dans  "toi" écrit : "toi, je le sais, tu pourrais même /m'ensoleiller sous la pluie même..../et tu m'as griffée en douceur"

 -l'utilisation de phrases nominales crée aussi une forme de suspension

Barbara dans  "Plus rien": "Plus rien, plus rien que le silence/ ta main , ma main et le silence/ des mots pourquoi,/ quelle importance..."

 -l'apposition met en équivalence deux  groupes de mots qui se donnent à entendre simultanément

Ferré écrit ainsi: "Les chevaux Cadillac hennissent kérosène"

 -Les expansions du nom ouvrent le texte sur une amplification qui en arrête là aussi le déroulement

Ferré  dans " Je te donne":

"Les fleurs à inventer, les jouets d'une comète/ les raisons d'être fou la folie dans ta tête/ des avions en allés vers tes désirs perdus/ et moi comme un radar à leurs ailes pendu... "(utilisation aussi du procédé de l'énumération)

 

Différents autres procédés contribuent à construire un sens global:

-L a métaphore donne un sens à un mot  imagé à un mot à partir d'un rapprochement d'autant plus intéressant que ce rapprochement est relancé dans d'autres métaphores.

Parlant de ses amours oubliés Gainsbourg écrit dans "Amour sans amour":

"Du jardin que j'ai saccagé/il ne me reste rien /je le crains/que ronces mortes sans parfum"

 -ce que nous avons appelé le détour pour traiter un thème va ainsi fournir l'occasion de multiples métaphores.

Comme souvent chez Gainsbourg le thème ici est l'amour et le détour : le jardin

Il écrit ainsi dans le même texte et la même veine:

"Combien j'ai connu/d'inconnues/toutes de rose dévêtues/combien de ces fleurs /qu'on effleure/et qui s'entrouvrent puis se meurent"

 -l'hypallage en déplaçant un élément dans la chaîne des mots sur un autre élément donne à entendre le texte dans sa globalité.

Barbara dans "Tous les passants " écrit  "ont maintenant leur cave pleine/ de vins aux noms ensoleillés"

Brel dans la Fanette " écrit  : " Faut dire qu'en sortant d'une vague mourante/je les vis s'en allant"

Dans "Amsterdam :" Et ils tournent et ils dansent/ comme des soleils crachés /dans le son déchiré / d'un accordéon rance"

 -Le changement de nature d'un mot renvoie aussi le texte vers un sens à rétablir globalement:

Brel  dans "les Bigotes" écrit: "elles s'embigotent les yeux baissés.../ puis elles meurent à petits pas /à petit feu en petits tas/les bigotes/qui cimetièrent à petits pas/ au petit jour d'un petit froid..."

Gainsbourg dans " les oubliettes: "Les regrets fillette/ du pauvre poète/se valsent musette/dans les caboulots.../ de ces amourettes/ que l'on pickpoquette/ sous sa chemisette/j'en ai plein le dos.../

 

Atelier d'écriture à partir de l'écriture non-linéaire

Exemple de texte (dans l’atelier et sur temps limité à chaque fois) sur le thème apparu dans l’échauffement : la fête foraine

« Par ici , par ici la fête bat son plein !Lumières kilowatts des projecteurs criards, nuit bousculée à la lisière de la fête ; sirènes affolées à nos tympans retentissants ; nos voix couvertes , on ne s’entend plus. Mouvements emballés des manèges sauvages ; tout s’arrête en moi. Cris excités d’une foule d’âmes solitaires.

Par ici , par ici la fête bat son plein !Musique tonitruante de bastringue désaccordé. Harmonie d’enfer. Démarrages intempestifs, arrêts culbute de machines libérées. Rires forcé, pleurs incontrôlés. Tirs de carabine qui claquent dans la tête et sur la tôle ; cartons de cibles perforées ; poupée affriolante aux jupons chantilly.

Par ici , par ici la fête bat son plein !Pâtisseries orientales , fumées colorées qui prennent à la gorge ; rythmes africains dans la nuit endiablée. Morceaux de fantômes blancs débordant de vie agitant leurs chaînes .Ils  défilent dans la nuit au clair de lune pleine aux yeux fardés. Par ici , par ici la fête continue !Pulsion continue , courant 100 000 volts

Arcs zigzag, éclatement de fouet des éclairs électriques., flashs aveuglants, pleins la gueule. Bousculades. Aïe ce sont mes pieds madame ! Grosse dondon à la poitrine débordante ; mini jupe panthère , tu montes chéri ?

Par ici , par ici la fête continue !Tempo, tempo , plus vite encore, accélérations subites, jets de vapeur stridents ; crissements de pneus, odeurs de caoutchouc brûlé ;  montées et descentes,  grand-huit à l’assaut de la nuit ; vitesse centrifuge, vitesse sensations, sensations, où suis-je ?Peur au ventre , rassure-moi. Estomac qui remonte à la gorge ;

Par ici , par ici la fête continue !Chance qui sourit, stand clinquant aux lots bariolés ; peluche énorme, singe râpeux, numéro gagnant ; couleurs de métal brillant, reflets éclatants, chromes blafards . Parfums écoeurants,  roses de sucre qui flotte sur des barbapapa floconneuses. Odeurs de fritures, cornets de churos qui débordent ; encore , encore stop , j’en peux plus. Vertige, la tête tourne, nuages, ciel sol, détritus, papiers sales et gobelets gras, haut le cœur, musique assourdissante, charivari saltimbanque. Où sont-ils passé ? Tiens tu es là ; donne -moi la main. 

La fête est finie»

Il ne reste plus qu’à retravailler ce matériau brut pour le faire entrer dans un cadre.

 Le  texte suivant en est l’aboutissement :

 Entrez, entrez dans la fête

Lumières kilowatts

projecteurs criards

du son plein les baffles

 allez ça démarre         

 

Entrez , entrez dans la fête !

Attractions à  toute bringue

Désaccordé bastringue

Carton-pâte et fééries

Labyrinthe de la folie 

Nuit endiablée, manèges  abruptes

Course enfiévrée, arrêts culbutes

Rires   forcés, rires forcés

Peurs incontrôlés

 

Entrez, entrez dans la fête !

Canards qui nagent dans un bac

tirs de carabine qui claquent

dans la tête et sur la tôle

tu te penches à mon épaule

Cartons cibles perforées

Bravo monsieur c’est gagné

Peluche énorme, singe râpeux

Des étincelles plein les yeux


 Entrez, entrez dans la fête !

dix mille volts flashs aveuglants

arcs zigzag éclatement

pulsion sourde au creux des tripes

fouet lanière électrique

les yeux hagards, bousculades

aïe ce sont mes pieds madame !

grosse dondon seins rebondis

 panthère mini  tu viens chéri ?

 

Entrez, entrez dans la fête !

grand huit à l’assaut de la nuit

accélérations subies

tempo ,tempo plus vite, encore !                                        

projetés dans le décor

montées descentes

la boule  au ventre

et l’estomac sous le menton

tout chamboulé de  sensations


 

Entrez ,entrez dans la fête !

beignets friture

 pommes d’amour

nuages roses barbapapa

ça colle aux dents ça colle aux doigts

néon guirlande miroirs brillants

un carroussel de chevaux blancs

v'là qu'ils s'envolent tutti quanti

au firmament de confettis

 

Entrez, entrez dans la fête !

Graillons, fumées ,ça prend la gorge

Le train fantôme comme une forge

Pour quelques tunes rythme africain

C'est la pleine lune ,fardée putain

carrosseries roulez jeunesse

métal brûlant chromes en liesse

trépidations choc au cœur

fusées  tampons même pas peur

 

 Entrez ,entrez dans la fête !

encore un tour  stop j’en peux plus

vertige autour , sol détritus

papiers sales ,gobelets froissés

haut le cœur où t’es passé ?

baissez s’il vous plaît la musique

plus la force  et plus de fric

Tiens te voilà, donne-moi la main

Viens on s’en va , on  r’viendra  d’main

 

2° séance d’atelier sur écriture non-linéaire

Ebauche de texte:

Dans l'atelier de mes nuits blanches ,quand tu dors d'un profond sommeil, je dessine tous les rouages, de ta mécanique savante. Dans l'atelier de mes nuits blanches, je copie fasciné le plan des sangles multiples qui relient entre elles tout un jeu de poulies ;un réseau magique de fils se raccorde à tes   batteries qui ronronnent subtilement .Dans l'atelier de mes nuits blanches , je suis pas à pas le plan de tes complexes engrenages ; ils tournent en un magique ballet de balanciers et de ressorts mouvements perpétuels bien réglés élastiques et réguliers . Dans l'atelier de mes nuits blanches, je découvre ravi, étonné un enchevêtrement de pignons commandé par un boîtier central rouge et rond comme un coeur serti de minuscules boulons et de précieux rubis qui brillen comme des braises, comme des yeux.

 Texte retravaillé

Dans l’atelier de mes nuits blanches

 Dans l'atelier de mes nuits blanches

Quand tu dors d'un profond sommeil

je vois sous ta peau des rouages

comme un étrange échafaudage

de métal aux reflets vermeils

Et je dénombre tous les étages

de tes complexes engrenages

qui  tournent en un  magique ballet

intimes  mouvements secrets

 

dans l'atelier de mes nuits blanches

j’admire tous tes ressorts

qui se conjuguent sans effort

et les balanciers bien réglés

élastiques de tes idées

je suis le circuit des fils

entrecroisés , réseau fragile

et raccordés subtilement

aux batteries des sentiments

 

dans l'atelier de mes nuits blanches

je copie fasciné le plan

de belles sangles articulant

tes bras amoureux à loisir

aux poulies chromées du plaisir

l'amour m'enchaîne à coeur perdu

à ton collier  épaules nues

scintillant d’un feu incarnat

aux aréoles de grenat

 

dans l’atelier de mes nuits blanches

ta bouche aux dents  bien ciselées

en s’entrouvrant veut  délivrer

des baisers à lèvres ouvertes

humides et tendrement offertes

le drap soudain a glissé

dévoilant le triangle adoré

 aimant au pouvoir hypnotique

d’un désir impérieux magnétique

 

dans l’atelier de mes nuits blanches

souvent je rêve en voie d’errance

cette mécanique romance

bernard lélu

Gauchissement d'une expression

Le point de départ d’un texte peut être le jeu  sur une expression que l’on déforme.

Deux possibilités : transformation en remplaçant un mot par un autre qui lui est proche par le son ou ajout

-Gainsbourg dans « Douze Belles dans la peau » joue sur la déformation de « douze balles dans la peau » cela lui procure le thème : l’amour  et la manière de le traiter : le plomb dans l’aile ou dans le corps-coups de fusil-feu de la passion… autre expression déformée : « quand t’auras passé ta vie/derrière les barreaux …de ton lit » où l’obsession amoureuse devient une sorte d’enfermement.

-Dans « Ce Grand méchant vous » il transforme le loup en vous et obtient plusieurs déformations intéressantes :  « Promenons-nous dans le moi/pendant qu’le vous n’y est pas/…j’ai peur du grand méchant vous/….je me suis mis dans la gueule du vous/…hurler avec le vous/…qui de l’homme ou du vous l’emporte en cruauté. »

-Dans « Là-bas c’est naturel » l’expression qui évoque un maillot de bain  «  deux pièces » amène le deux pièces moins une= monokini/ puis  « rien qu’une /petite pièce moins une/petite pièce moins l’autre/ et pour l’amour en moins de deux/en deux pièces moins deux. »Ce qui se réduit  certes à pas grand chose…

-Brassens dans « Pénélope » invente l’expression  «  Il n’y a vraiment pas là de quoi fouetter ….

un cœur » …/ c’est la face cachée de la lune …de miel »

-Dans  « Trompettes de la renommée » il propose : « Fair’  mes quat’ …voluptés dans ses quartiers de noblesse/… le crim’…pédérastique aujourd’hui ne paie plus »

-Brel  dans  « Clara » invente :  « je suis mort à Paris/ tombé au champ d’amour »

Dans « Je suis un soir d’été » il propose : «  Ils (Les vieux) rient de toute une dent »

Dans « Jaurès » : « qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur /leurs vingt »ans qui n’avaient pu naître »

Dans « L’amour est mort » :  « Ils n’ont plus rien à se maudire »

 -Leprest  dans  « La Retraite » invente les expressions : «  des vieux de la tête aux béquilles …/ des cheveux blancs sur la langue »

Dans « Donne-moi de mes nouvelles » :  « les mots vont , les écrits restent/ souvent sous les paillassons/… file –moi le boléro/du téléphone à Ravel…

 Texte écrit à partir d'uatelier d’écriture utilisant le gauchissement d’une expression

La terre sur les épaules

 Refrain

On a la terre sur les épaules

Sacré responsabilité

A chacun de jouer  son rôle

C’est pas l’moment de trébucher

 

Il serait temps de faire la pause

Dans notre course effrénée

On entasse des tas de choses

Le fardeau devient  lourd à porter

On gaspille à tout va  on jette

Les coutures pourraient bien lâcher

gare à la chute cul sur la tête

triste fin au fond du fossé

 

Refrain

 

Coup de chaud sur la planète

La terre suffoque en a assez

Elle tousse tremble tempête

La fièvre va la terrasser

Toutes nos fumées délétères

Barrent le  ciel qui se défend

On étouffe dans  cette serre

Place au soleil et place au vent

 

Refrain

 

bien des cancers la menacent

des tumeurs se sont installées

Il est urgent  de faire face

Le cas n’est pas désespéré

quand l’intolérance prospère

et menace la liberté

c’est l’ignorance et  la misère

que l’on soigne en priorité

bernard lélu

l'interrogation

L’interrogation est une des façons d’entrer dans le texte de la chanson. Elle questionne les certitudes, elle interpelle l’auditeur , elle demande une réponse à laquelle le texte va tenter de donner forme,

Mais l’absence de réponse peut être une façon de dénoncer une situation injuste ou absurde.

L’interrogation peut aussi  peut être aussi une façon d’établir une relation-portrait de celui auquel on s’adresse.

 Dans « La femme d’Hector » Brassens demande ainsi :

« Laquelle est la plus belle / la plus aimable parmi / les femmes de nos amis ? (…)

Qui raccommode ces malheurs / de fils de toutes les couleurs /qui brode divine cousette /  des arcs en ciel à nos chaussettes ? » etc.

A quoi il répond :  « C’est pas la femme de Bertrand… »

 Dans « Pénélope » Il s’adresse à la femme pour questionner un peu ce modèle de fidélité :

« Toi l’épouse modèle(…) / Ne berces-tu jamais en tout bien tout honneur /  de jolies pensées interlopes ? (…) / N’as-tu jamais en rêve au ciel d’un autre lit / compté de nouvelle étoiles ?(...) / N’as-tu jamais encore appelé de tes vœux / l’amourette qui passe(…) »

Et il y apporte son commentaire et son absolution :  «  N’aie crainte que le ciel ne t’en tienne rigueur / il n’y a vraiment pas là de quoi fouetter un cœur(…) »

 Dans « Trompettes de la renommée » il s’interroge lui-même et le public avec lui sur ce à quoi il devrait se résoudre pour qu’on parle de lui.

 « Dois-je pour les besoins d’la cause publicitaire /divulguer avec qui et dans quelle position / je plonge dans le stupre et la fornication ?(…) avec qui, ventrebleu ! faut-il donc que je couche / pour fair’ parler un peu la déesse aux cent bouches ? » etc.

Ce à quoi il apporte sa propre réponse  remettant en cause les injonctions de la renommée :

« J’aime mieux m’en tenir à ma première façon… »

 Dans le texte «  Pourquoi ?» Gaston Couté donne la parole à une pauvre fille victime de la cruauté du monde  et  ses questions qui restent sans réponse dénoncent son lot de misère.

 « V’là les mauvaises années ! / La bell’ maison qu’est mise en vente, / tout’ ma  famill’  qu’est ruinée, / et moué  que j’m’embauch’  comm’  servante/ Pourquoué ?  Pourquoué / Je l’sais-t-y, moué…

L’soleil se couche’ sans dir’ pourquoué ! »

Elle tombe amoureuse du fils du châtelain « Pourquoué ?  Pourquoué / Je l’sais-t-y, moué…/les roses fleuriss’nt sans dir’ pourquoué ! »

Quand il l’engrosse et l’abandonne elle décide de l’empoisonner : « Pourquoué ?  Pourquoué / Je l’sais-t-y, moué…/ l’ tonnrr’  tombe ben sans dir’ pourquoué !... »

A la justice des hommes alors de la condamner…  «   Pourquoué ?  Pourquoué / Je l’sais-t-y, moué… »

 Dans la chanson « La Colombe » Brel interroge les préparatifs d’une  guerre pour en dénoncer l’absurdité ;  tout le texte s’étire dans une série de pourquoi sans réponses…

 « Pourquoi cette fanfare/Quand les soldats par quatre attendent les massacres / Sur le quai d’une gare ?/(…) Pourquoi ce train de pluie / pourquoi ce train de guerre / pourquoi ce cimetière / en marche vers la nuit ?(…) / Pourquoi les monuments(…) / Pourquoi les jours de gloire(…) / pourquoi ton cher visage ?(…)» etc.

 Dans la chanson « Bilou » Allain Leprest dresse le portrait de sa sœur dont on devine peu à peu les angoisses et la détresse :

« Qu’est-ce que t’as franginette ? C’est drôle , t’es plus la même(…) / Pourquoi t’as maquillé tes lèvres à la craie blanche ? (…) /Qu’est-ce que t’as ma jumelle ? C’est-y ça l’mal du siècle ? / se faire du mal à cause d’avoir du mal aux autres (…) »

 Texte écrit à partir d'un atelier autour de l’interrogation

 Pourquoi donc ce silence ?

Lorsque je tourne en rond dans la maison déserte

Comme un compte à rebours dans un cœur en alerte

 

Pourquoi ne dis-tu rien ?

Je crois apercevoir ta bouche et ton visage

Aux miroirs effacés une trace , un message

 

Pourquoi ne pas répondre ?

A mon appel en vain devant l’écran voilé

Dans ces noirs soliloques où je crois me noyer

 

Pourquoi la chaise triste ?

 Où tu ne t’assieds plus  la table désolée

A quoi sert un repas s’il n’est plus partagé

 

Pourquoi t’éloignes -tu ?

Quand je cherche le soir ta silhouette sombre

Sur mes paupières nues  se dessinent  des ombres

 

Pourquoi l’empreinte en creux ?

De ton corps sur le lit et la nuit qui s’ébrèche

 Le drap froid étalé à ma main qui te cherche

 

Pourquoi  es-tu partie ?

En me laissant ici étrange déraison

 Ecoutant ton absence étreignant mes questions

 

La mer est infinie aux vagues répétées

Et ma peine est immense sous le ciel abattu

Cette chanson liquide est bien désespérée

Dis-moi, oh mon amour, demain reviendras-tu?

bernard lélu

La métaphore

La métaphore est  une extension de la comparaison, elle   va utiliser l ‘élément commun entre deux objets pour établir une relation directe entre ces deux entités en se passant  de mot outil ( comme /tel / ainsi que/ressemble à…) Elle n’explicite pas forcément les similitudes  laissant à l’auditeur le soin de les trouver. Elle peut même utiliser directement le mot métaphorique à la place de celui dont elle est la métaphore.

 

-Brel dans  «  Mon Enfance » dit : 

«  L’hiver j’étais au ventre /de la grande maison » le milieu, le…centre de la maison est ainsi appelé le ventre  ce qui lui donne une dimension d’enfermement , de digestion.

« L’été à moitié nu…/ je devenais indien / pourtant déjà certain que mes oncles repus/ m’avaient volé le Far West »par la métaphore de l’indien Brel suggère outre le jeu de l’enfant son besoin d’imaginaire et de liberté  sauvage, le Far West dérobé exprimant que cet ailleurs lui est refusé par les adultes.

 

- Gainsbourg  dans « l’Amour à la papa »  écrit : «  je suis le lierre /tu es la pierre/je prends racine autour de toi/Mais tu t’écailles /quand je t’entaille/ tu es de pierre et je deviens de bois »

Métaphore amoureuse où le lierre enserre la pierre mais où la dureté (de pierre) de l’aimée amène la baisse du désir de l’amant…

-Dans « Hold up, il parle de la séduction amoureuse en termes de hold up : » je suis venu pour te voler/cent millions de baisers…/en petites coupures…/j’s’rai forcé d’attacher/et ça t’f’ra aux poignets/des petit’s brûlures/des p’tit’s morsures/des p’tit’s coupures… »

 

-Brassens  dans «  Le Grand Chêne »se sert  de plusieurs métaphores :

« Il eût connu des jours filés d’or et de soie … » L’or évoque la brillance et la valeur, la soie la douceur que ces jours auraient pu avoir…  « il sortit ses grands pieds de son trou » Les pieds comme les racines relient l’arbre au sol. La grande quantité de baisers que les amoureux échangent lui fait utiliser la métaphore « d’un grand sac » : « quand ils eurent épuisé leur grand sac de baisers »  et leurs bouches deviennent des becs «  métaphore animale plus pointue… »etc

 

-Frasiak  dans  «  ça Colle pas » utilise la métaphore de la colle pour parler de la relation problématique avec la personne aimée : « c’est l’vrai casse-tête pour se fixer/pour rester l’un à l’autre soudés/pour rester collés les dimanches/les mains en velcro sur les hanches….bouteille de scotch et super glue/… on finit au bout du rouleau… »

 

Atelier d’écriture à partir de la métaphore


Grand-père

Il forgeait des épées et des sabres de bois

Nous faisait chevaliers mes deux frères et moi

Quand il nous accueillait en vacances , grand-père

Nous emportait ravis  au temps des mousquetaires

Echasses  à nos pieds nous piétinions nos peurs

Sauvages et méchants se faisaient balayer

Sous les arbres à l’ombre auprès du poulailler

 

Assis sur le divan près du poêle en faïence

Nous restions bouche bée écoutant en silence

Les exploits d’un aïeul glorieux militaire

En suspens haletant ménagé par grand-père

Combats victorieux,   chevauchées fantastiques

Paysages  grandioses  sur grand écran  d’Afrique

Vrai  ou imaginaire, on en voulait encore       

Tartarin , Münchausen  pour la technicolore

 

Notre shérif à nous  tutoyait  les étoiles

Cavalcade en dauphine en guise de cheval

Dans les bois on suivait  la piste de grand-père

 Au gîte on surprenait   les biches et  les cerfs

Dans les champs au soleil nous devenions chasseurs

Bondissant dans les herbes,  peaux -rouges  en sueur

 Nous capturions cruels  des sauterelles prises

Aux mailles d’un filet de mousseline grise

 

Les cannes de bambou sagement alignées

Grand-père nous enseignait la façon de  pêcher :

attendez pour ferrer, ne tirez pas trop vite

La patience est la clé de votre réussite

Quand le bouchon plongeait le cœur nous bondissait

une lame d’argent au soleil frétillait

qui rejoignait les autres dans le panier d’osier

Joyeuse était l’école aux chemins buissonniers

 

La maison résonnait au son clair d’un piano

De la cuisine  montait  une odeur de gâteau

Chaque année aux vacances c’était pour nous la fête

Mais ce temps a passé et grand-père n’est plus là

Il reste des images en bouquet dans la tête

 Ces fleurs de souvenir  un parfum d’autrefois

                       

Le texte « chapeau » a été écrit  dans le cadre d'un atelier sur la métaphore

 

J’ai un chapeau à larges bords

Haute est sa forme , la mienne aussi

J’en suis très fier aurais-je tort

Quand je salue tous mes amis

Ça me va bien , j’suis à la mode

Ça  m’donne un genre, j’suis élégant

Quand il fait froid c’est bien commode

Il ne me manque que les gants

 

Se mettre quelque chose sur la tête

Ça se fait depuis très longtemps

Depuis toujours depuis des siècles

Moi ça m’enchante, j’en suis content

J’danse avec , j’fais des claquettes

Même sous la pluie quand y’a du vent

Sur le trottoir je fais la fête

Et j’y poursuis mon tour de chant

 

L’insolation faut s’en méfier

Ça peut vous griller le cerveau

Moi je m’en fous , j’suis protégé

Bien à l’abri sous mon chapeau

Un couvre-chef pour se garder

Bien au chaud tous ses souvenirs

y’a pas mieux  je peux l’affirmer

sans passé on n’a pas d’avenir

 

Je me découvre pour aborder

Les jolies filles des avenues

Elles sont conquises sans tarder

Par mon chapeau qu’est bien foutu

Un galure pareil c’est la classe

Pour rien au monde j’m’en sépar’rais

Et si la calvitie menace

Sous le chapeau rien n’y parait

bernard lélu

la personnification

Le  procédé consiste à parler d’une chose, d’un élément,  d’un animal  avec les mots et les sentiments attribués habituellement  aux hommes  -On peut parler aussi d’anthropomorphisme.

 

-Garcia Lorca dans le texte « Chanson » parle ainsi du vent :

« La fillette au beau visage /cueille toujours ses olives/avec le bras gris du vent/qui la serre par la taille »

-dans « Chanson de cavalier » la mort est aussi personnifiée :

« Par la plaine, par le vent / cheval noir, lune rouge/ la mort est là me regardant/du haut des tours de Cordoue »

-Brel dans  la chanson « Il pleut » évoque une lune personnifiée :

« La lune danse pour moi le soir… et son haleine , immense halo …»

Texte écrit en temps limité en atelier utilisant la personnification non réutilisé encore pour une éventuelle mise en forme /chanson):

«  Sur la margelle de la fontaine les pierres de granit sont ornées de lichen. L’eau s’écoule lentement et glisse vers le bassin où nagent quelques têtards . au milieu des lentilles d’eau , une araignée traverse la surface étale . Les pierres de la fontaine s’élèvent immuables comme la niche d’un chien vert. »

 Même texte retravaillé avec des éléments de personnification :

" Sur la margelle de la fontaine , les pierres de granit ont accueilli avec bonheur les fleurs de lichen qui les enluminent  . D’étranges entrelacs y  dessinent les mots d’une langue inconnue.

L’eau naît des profondeurs obscures, se gonfle , déborde, elle glisse et s’étale en baignant les bords polis du bassin qu’elle effleure en de longs baisers mouillés.

Au milieu des lentilles d’eau, une araignée patineuse se projette élastique en petits sauts d’acrobate liquide. Elle arpente  et mesure méticuleusement  la surface étale du miroir qu’elle raye d’une onde circulaire.

Tranquilles, les pierres de la fontaine s'élèvent telle la niche sculptée d'un grand chien vert qui garde impassible l'entrée mystérieuse et sainte de la source. "

bernard lélu

répétition avec variation

La répétition  avec  variations

Le poème utilise les répétitions en introduisant souvent des variations.

 -Gaston Couté dans « L’amour qui s’  fout de tout » utilise la même  phrase refrain qu’il modifie un peu déclinant  une sorte de portée générale :

« L’amour ça se fout des écus / l’amour ça se  fout de la loi /  l’amour ça se  fout des parents  / l’amour ça se fout  des amants »

 -dans  «  La chanson du braconnier »  c’est une variation sur le mot-thématique  « noir » qui introduit le refrain

« On rampe dans le noir  /  vous happe dans le noir / seul , tout seul dans le noir / c’était rouge et puis noir.  » 

A quoi répond le même refrain cette fois :  « J’aime la Françoise qu’est blonde / faut pas voir tout en noir. »

 -Gainsbourg dans « Jeunes femmes et vieux messieurs » utilise une variation sur le même refrain :

«  jeunes femmes et vieux messieurs / de l’amour  ils en ont pour deux  / jeunes femmes et vieux messieurs / des cheveux elles  en ont pour deux  / jeunes femmes et vieux messieurs / d’l’ appétit elles en ont pour deux  / jeunes femmes et vieux messieurs / du pognon  ils en ont pour deux  / jeunes femmes et vieux messieurs / ils peuvent attendre un jour ou deux  … »

 -Brel  Dans  « Les Flamandes » ponctue son texte d’une phrase avec variation :

« Les Flamandes ça n’est pas  causant /(… )Les Flamandes ça n’est pas  frémissant  /(…) Les Flamandes ça n’est pas souriant /  (…)  Les Flamandes ça n’est pas  mollissant /… »

 -Dans « L’ivrogne »  il décline pareillement :

« je serai saoul  dans une heure /je serai sans tristesse /buvons à la santé des amis et des rires

« je serai saoul  dans une heure /je serai sans colère

« je serai saoul  dans une heure /je serai sans rancune /buvons aux jeunes filles

« je serai saoul  dans une heure /je serai sans passion

« je serai saoul  dans une heure /je serai sans mémoire/buvons nuit après nuit

« je serai bien  dans une heure /je serai sans espoir…

 -Dans « Il pleut sur la mer » Allain  Leprest  entrecroise  2 phrases refrains  avec variation :

« Aujourd’hui dimanche sur la Manche/(…)aux plus hautes branches de la Manche/ (…) c’est l’été comanche sur la Manche/(…)d’une corneille blanche sur la Manche/ (…)curieuse avalanche sur la Manche(… )»

 « Il pleut sur la mer et ça sert à rien /(…)  Il pleut sur la mer et  c‘est inutile / (…)  Il pleut sur la mer et  c‘est imbéc ile /(…)  Il pleut sur la mer et  ca nous ressemble /(…)  Il pleut sur la mer c’est con comme la pluie / (…) et ça nous fait marrer il pleut sur la mer »

 

Exemple de texte  écrit après un atelier utilisant la répétition/variation

 la version qui apparaît est la reprise … plusieurs fois remaniée du premier jet  ( écrit lui en temps limité…)

La phrase initiale était : « Il y a tes yeux de petite fille espiègle » On y a introduit des variations : légère/futée/pas sage…

 Dans tes yeux

 Dans tes yeux de petite fille légère

Je vois ce pas de danse et cet élan de  vie

Cet envol  impatient  quand le matin s’éclaire

Pour  flâner  dans les rues , et courir à l’envie

 

Dans tes yeux de petite fille futée

Je devine  la poudre et le feu d’artifice                           

Qui crépite entendant   les contre - vérités

Des beaux-parleurs du jour au faîte des offices 

 

Dans tes yeux de petite fille pas sage

Je vois cette cascad’ du rire et de  la fête

Lumière éclaboussée aux  mille embruns  volages

D’un enfant  ébloui  la chanson qui s’entête

 

Dans tes yeux de petite fille sérieuse

Je  sais l’oiseau blessé de  la mélancolie

 La misère d’autrui  sème   la  tubéreuse

Au jardin de ton cœur  le jasmin , l’ancolie

 

Dans tes yeux de petite fille polissonne

Je vois  briller le sable  pailleté des moments

Où l’on sent sur sa peau  dans son corps qui frissonne

Remonter ce besoin qu’on a d’un être aimant

 

Ils en racontent des histoires

Tes yeux ma douce si jolie

Mille nuances à ton regard

cette palette est infinie

 

                                                

bernard lélu

rythmes et écriture

Rythmes et écriture

Introduire le rythme dans l’écriture facilite l’émergence des mots , cela donne une certaine fluidité à l’écriture elle même  à condition de laisser venir ce qui se présente , comme si le cadre rythmique invitait les mots à se mettre en place spontanément .

On essaiera donc de ne pas censurer ce qui s’installe, il sera toujours temps de faire le tri après.

 Brel dans « Ode à la nuit »installe un rythme en vers très courts de 4 syllabes

« Les fleurs sauvages/cachent leur âge/sous leurs feuillages /voici la nuit…

La nuit protège/le doux manège/des tendres pièges/folle est la nuit… »

Dans « L’Ouragan » il alterne un rythme en 4 puis 2 syllabes  puis 4

« D’abord le vent, un vent méchant /Trop chaud, trop lourd, trop gris, trop fort /Un vent hideux comme la mort… 

Adieu mon Bruges, adieu Brugeois/j’ai peur , je prie, je crie, j’ai froid/j’ai cru mourir  cette fois-là… »

« Ne me quitte pas » est écrit uniquement en vers de 5 syllabes.

 « La ville s’endormait » en vers réguliers de 6 syllabes

« La ville s’endormait /Et j’en oublie le nom/Sur le fleuve en amont/Un coin de ciel brûlait/La ville s’endormait /et j’en oublie le nom… »

 Aznavour dans « Sa jeunesse » s’appuie sur un rythme court de 4 syllabes :

« Lorsque l’on tient /entre ses mains/cette richesse/Avoir vingt ans, des lendemains/pleins de promesses/ quand l’amour sur nous se penche /Pour nous offrir ses nuits blanches(petite entorse en 3+4  puis 4+3) /Lorsque l’on voit/loin devant soi/rire la vie/ brodée d’espoir riche de joie/ et de folie/Il faut boire jusqu’à l’ivresse/ sa jeunesse (3 ?) »

 Gainsbourg  écrit « La Javanaise » sur une rythmique de 2 syllabes concluant sur un vers de 3

« J’avoue/j’en ai/ bavé/pas vous/ mon amour/avant /d’avoir/eu vent/de vous /mon amour… »

« Black trombone » est composé sur une rythmique de 3 syllabes :

« Black trombone/monotone/le trombone/c’est joli/tourbillonne/gramophone/et bâillonne/mon ennui …»

 

Atelier d’écriture à partir du rythme

  exemple abouti sur un temps non limité le texte suivant

 Sur le  fil 

 Chacun déroule à son insu

L’écheveau qui lui fut donné

Où mène ce fil si ténu

Qui s’étire au long des années ?

 

On lance la navette

Entre les vagues 

De blanc coton

Et la trame des algues

Sur  les rouleaux alertes

Emerge  des hauts fonds

 

Mystérieux entrelacs

Que le filet

Des jours ramène

En incessant ballet

Des étoiles de joie

les galets de nos peines

 

une toile  se tisse

en bouts de laine

en bouts de soie

c’est la vie qui  nous mène

en haute ou basse lisse

on vogue à hue et à dia

 

paysages de fils

plages suaves

et  durs rochers

au ciel blanc de  nuages

ce sont  nos âmes qui défilent

et qui se vendent à la criée

 

A croiser bien d’autres parcours

Nos vies s’ emmêl’nt  pour tout pour rien

Dessinant d’étranges contours

Tapisserie de nos destins

 

encore une fois ce geste

de relancer

vers l’inconnu

ce frêle esquif qui veut danser

le temps funambule qu’il reste

avant que le fil soit rompu

bernard lélu

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